Éric Zemmour : Ce nouveau Macron …

En temps de crise, les gens sont prêts à suivre n’importe qui, du moment qu’il promette de les sauver. La méthode n’est pas nouvelle : ce qui est novateur, depuis Emmanuel Macron, c’est l’incroyable mise en branle médiatique, afin de fabriquer une aura de rupture autour du candidat. Rupture d’avec le système, qui va pourtant contribuer à le faire élire …

Ainsi, 2017 fut l’année d’Emmanuel Macron, porté par les conglomérats de presse de Xavier Niel (Free) et du duo Drahi/Weil (SFR), dont il a résulté l’éclatement du parti socialiste et le définitif désenchantement de la gauche.

 

Tout le monde l’a constaté : Éric Zemmour a officiellement commencé sa campagne le 19 mai 2021, en se rendant à la manifestation organisée par les forces de l’ordre. Là ou Gérald Darmanin, s’y rendant dans une sorte de déni, pensant probablement y être ovationné, s’est copieusement fait huer et insulter par les policiers, Éric Zemmour a été très bien accueilli par ces derniers qui lui ont même réservé quelques applaudissements, à la demande du crooner au micro. Il a ainsi pu s’afficher avec Jean Messiha (député RN), Jean Lasalle, Jean-Marie Bigard (?) ou encore Philippe de Villiers (qui s’était déjà affiché avec Emmanuel Macron en 2017, pour un petit tour de poney au Puy-du-fou, avant de critiquer sa politique quelques années plus tard). Tout autant d’individus souhaitant vraisemblablement bénéficier de son aura « antisystème » pour raviver la leur, et vendre leur livre du moment.

Éric Zemmour, s’il est élu en 2022 (Complot ou pas, nous savons depuis François Fillon, que la chute peut venir très vite) marquera probablement la fin des partis tel que LR ou le RN. Pour eux cette fois, changer de nom n’y fera rien.

Cependant, comme avec Macron, cette rupture n’est qu’apparente puisque Éric Zemmour est lui aussi le candidat du système : soutenu par un puissant conglomérat de presse : celui de Vincent Bolloré (Canal, les chaines Cnews et Sud), qui vient lui-même de racheter – sans doute à dessein – 26.6 % des parts de marché du groupe Lagardère (presses écrites et édition) et qui se fait représenter au conseil d’administration de Lagardère par … son ami Nicolas Sarkozy, proche d’Éric Zemmour, qui rêve de revenir au pouvoir, pourquoi pas comme premier ministre. Voici donc qui tirera les ficelles pour cette campagne 2022 : on ne change pas une équipe qui gagne.

Campagne d’affichage sauvage en Juin 2021. ©AFP

Fabrication d’un parti à partir de rien : l’exemple LREM

Pour créer son parti du néant, Emmanuel Macron fut appuyé par les conglomérats médiatiques de Xavier Niel (Free) et du duo Drahi/Weil (SFR). Ainsi très vite, la propagande a mis sur un piédestal ce candidat, sans budget, ni idées, lui permettant ainsi de rassembler de nombreux soutiens sur la seule base d’une aura artificielle. C’est alors que riches donateurs, jeunes militants motivés, et futurs députés ignorants de la constitution, se sont très vite rassemblés sous la bannière du sauveur : il en a alors résulté l’émergence du parti LREM, dont la base militante, aussi dynamique qu’éphémère, a aujourd’hui totalement disparue (raison pour laquelle 2022 se fera sans Macron).

Même schéma pour Monsieur Zemmour : son parti politique « Génération Z », composé principalement de jeunes gens, est pourtant piloté par plusieurs anciens cadres LR, et selon le journal Marianne, c’est un obscur banquier de chez JP Morgan qui serait à l’œuvre pour l’élaboration du programme … S’agirait-il de la pièce maitresse 100% système, que Zemmour tenterait de cacher ?

La propagande va bon train, puisqu’en Juin 2021, faisant fi des lois et régulations sur les financements des campagnes électorales (puisque nous ne sommes pas en campagne), une opération de placardage d’affiches sauvages « Zemmour 2022 » a été organisée à Paris, avec vraisemblablement de très gros moyens, pour commencer à monopoliser l’espace publique.

Mais comment sont-ils montés là-haut !? ©Gbereko Actu

La chaine Youtube « Livre Noir », sorte de clone de Thinkerview, créée par des proches de Marion Maréchal-Lepen a mis les petits plats dans les grands : Là où Thinkerview avait commencé par des entretiens sauvages dans les halls d’hôtels, Livre Noir nous montre que tout est parfaitement huilé et calculé : sans aucun abonné, la chaine démontre dès sa première vidéo en invitant le polémiste Laurent Alexandre, (plutôt habitué aux « grands » médias), qu’elle dispose des compétences, du budget et du réseau nécessaire pour s’imposer comme un outil de communication Zemmourien. Il faudra attendre 4 mois, afin que la chaîne dispose d’une audience et d’une légitimité suffisante afin d’être prise au sérieux, pour y recevoir Éric Zemmour. Il s’agit désormais de la vidéo la plus populaire de la chaine qui compte ce jour 800 000 visionnages après seulement 1 mois de publication. Opération de communication réussie.

Et Marion Maréchal-Lepen dans tout cela ? Rappelons qu’avec Gilbert Collard, ils forment un micro-parti à l’intérieur du RN car ils sont en opposition à Marine Lepen depuis l’éviction du paternel. Cependant, impossible pour la patronne du RN de les désavouer, car cela serait de perdre les 2 députés les plus populaires de son parti. Les deux électrons libres (3, en comptant Jean Messiha) semblent finalement avoir trouvé un wagon sur lequel se rattacher … Pour Marine, le loup est dans la bergerie, et la fin toute proche.

Il convient donc au mystérieux banquier de JP Morgan de créer de toute pièce un programme vendeur pour Zemmour. Assurément, même si cela peut paraitre précoce, il est pourtant simple de comprendre qu’il n’y aura rien de prévu au sujet de la dette (232 millions de dette par jour en plus, en France), rien sur la lutte contre les Gafam (dont les tentatives de jugulation de l’UE furent balayées par le congrès Etats-Unien), rien sur les OGM et la sauvegarde de l’agriculture Française (les agriculteurs ne représentent malheureusement qu’une part infime des électeurs), ni absolument rien sur la protection des lanceurs d’alertes (Julian Assange étant toujours enfermé en isolation sur la base de fausses accusations). Cependant, les thèmes récurrents d’Éric Zemmour sont facilement identifiables et tout aussi facilement démontables, puisqu’ils s’inscrivent dans la continuité de la propagande Française depuis maintenant 20 ans.

 

Le sempiternel débat sur l’insécurité est totalement biaisé

Depuis 2007, le débat de l’insécurité est devenu un thème central dans la propagande Française. Moyens des policiers, lignes d’urgences bidons, tout a été fait dans les médias pour donner l’impression d’une volonté politique de régler définitivement la question. Pourtant la police n’est que le premier maillon, suivi de la justice, puis en bout de chaîne, les grands oubliés : le personnel pénitencier.

S’il y a bien une profession qui ne manifeste pas, et pour des raisons évidentes, il s’agit bien des Surveillant Pénitenciers, qui eux-mêmes se définissent comme « gardiens de zoo ». Personne ne parle d’eux : facile alors, pour un Sarközy de scander « on va s’en débarrasser de ces racailles » alors qu’aucune place n’est disponible pour les y mettre, si tant bien même qu’il y avait une vraie volonté pour le faire.

Ainsi, c’est la raison pour laquelle toutes les peines de moins de 2 ans sont aménagées (notamment via le bracelet électronique), les détenus peuvent sortir après 1/3 de leur peine, et les Surveillants font leur possible pour libérer les détenus pour bon comportement, afin d’alléger au possible des listes d’attentes devenues interminables.

Les arrêts maladies, les addictions, et les suicides, sont désormais courants parmi le personnel pénitencier, qui pour beaucoup, et c’est tout à leur honneur, ont choisi cette voie par vocation.

Ignorant les revendications de cette profession qui ne s’exprime et ne manifeste pas, le nouveau candidat Zemmour, fait totalement fi de ces problématiques, préférant adopter le même discours populiste et guerrier de son ami Sarközy en 2007. Toujours sur le même schéma, les émeutes qui s’en suivront, parfaitement anticipables, permettront de légitimer, voire de monter *l’utilité* de son élection …

Théorie du « Grand Remplacement » ? Rien de nouveau sous le soleil …

Il est peut-être temps de déconstruire, ou plutôt de rationaliser ce concept de “grand remplacement”. Non, ce n’est pas un complot, réservé aux anti-immigrationistes, comme tente de le faire croire la propagande. Georges Marchais, leader du parti communiste Français de 72 à 94, dénonçait déjà cela à son époque : en effet, bien que l’auteur de la formule contemporaine soit l’universitaire Renaud Camus, il faut remonter jusqu’au 19ème siècle, dans la lettre de Karl Marx du 9 avril 1870, destinée à Siegfried Meyer et August Vogt, afin de constater la première mise en pratique historique de ce type d’immigration. En effet, l’Angleterre, grâce à l’immigration de travailleurs Irlandais sur son sol, a pu saper définitivement les revendications sociales de ses travailleurs natifs, en les remplaçants par des revendications identitaires. Ainsi, les préoccupations des ouvriers Anglais vont passer progressivement de l’amélioration de leurs conditions de travail, à la sauvegarde, quoi qu’il en coûte, de leur emploi face aux « étrangers », abrogeant ainsi les luttes de classes, au profil d’un libéralisme exacerbé, toujours d’actualité dans ce pays.

Sans forcément avoir étudié Karl Marx, Georges Pompidou avait pourtant saisi le concept, puisqu’il déclara en 1963, alors qu’il était premier ministre sous le Général De Gaulle : « l’immigration est un moyen de créer une détente sur le marché du travail, et de résister à la pression sociale ». Les vannes furent donc ouvertes, d’abord pour le secteur de l’automobile, puis élargie à l’ensemble de l’industrie Française. Quelques personnalités ont tenté au fil des époques, de s’y opposer afin de réduire le chômage, notamment Raymond barre sous Valéry Giscard d’Estaing. Devant la nécessité pour le Medef d’éviter toute forme de revendication sociale, leurs suppliques furent toute restées vaines,

Alors ils parlent, les Zemmour et les Sarközy, ils parlent de cette immigration qui fait si peur aux travailleurs et à la ménagère. Ils parlent, car ils ne peuvent que parler : cette immigration est inhérente au libéralisme des conglomérats Mediatico-industriel (les médias appartenant en France dans leur écrasante majorité aux processeurs des industries, sur le modèle de l’ex-URSS ou de la Chine actuelle), ces mêmes conglomérats qui font élire les présidents Français. En d’autres termes, cette immigration est indispensable aux grands patrons du CAC40, puisque c’est elle, qui va leur permettre de faire toujours plus de bénéfices et de verser toujours plus de dividendes aux actionnaires : Le salarié va pester contre les « étrangers », plutôt que de se battre pour sauvegarder son code du travail. Comme pour le reste, cette rhétorique anti-immigration n’est que poudre aux yeux dans le système néo-libéral Français.

Le Mythe Islamique : Une invention Américaine ?

Il y a encore quelques années de cela, la France avait la chance de bénéficier d’une immigration Francophone. C’était sans compter la volonté de Nicolas Sarközy de ressembler à ses modèles Etats-Uniens, pour qui la réélection passe par le déclenchement de nouvelles guerres (et aussi, probablement pour effacer une dette personnelle). Ainsi en 2011, la France envahit la Lybie sous couvert de guerre « humanitaire ». Amorçant le début de la fin du plan dit du « choc des civilisations » (Samuel Huntington, 1996), dont le véritable objectif m’échappe encore, la guerre en Lybie constituait le début de la chute des derniers états laïques au Moyen-Orient, à savoir qu’après l’Irak, le tour viendrait pour la Lybie, la Syrie et le Liban.

Cependant, il convient de rendre à César, ce qui appartient à César : la montée de l’Islamisme radical dans le monde est purement dû aux politiques Etats-Unienne depuis Ronald Reagan, à l’encontre de l’Union Soviétique depuis les années 1970. URSS qui notons-le, n’a jamais déclenché un seul conflit international alors que les Etats-Unis avaient déjà à la même époque, entre autres, envahi la Corée, le Viêt-Nam et finançaient les gouvernements d’extrême-droite meurtriers en Amérique du sud.

Juillet 79, le président US Jimmy Carter, sur l’avis de son conseiller Polonais profondément russophobe, Zbigniew Brzezinski, signe une directive afin de financer en secret les Talibans en Afghanistan pour faire sécession contre l’URSS afin de déclencher la chute des dernières provinces musulmanes de l’URSS. Selon ses propres termes, l’objectif était de créer « le Viêt-Nam des Russes ». C’est à cette période que Oussama Ben Laden et bien d’autres, qui deviendront plus tard, les cadres d’Al-Qaïda et de Daech, seront formés aux techniques de combat et à l’utilisation de matériel US de pointe.

Le film “La Guerre selon Charlie Wilson” (2007) illustre plutôt bien, malgré une approche candide, la démarche US qui a donné toutes ses ailes au mouvement islamique radical, conjointement avec la CIA.

Bien que ces manipulations religieuses aient commencées il y a 50 ans, elles perdurent encore aujourd’hui avec le financement de Daech par l’Arabie Saoudite et par les officines Etats-Unienne, dans le but de faire tomber le régime de Bachar El-Assad. Il est impératif aujourd’hui, de comprendre que la montée et l’expansion de l’extrémisme islamique dans le monde, est uniquement imputable à la volonté de domination des USA sur le monde et dans le cas présent, sur les pays du Golfe. Ainsi, parler de problèmes civilisationnels comme le fait le candidat Zemmour n’est que du vent, tant que la politique étrangère Etats-Unienne, qui vise à déstabiliser sous couvert de radicalisme religieux, les états du Golfe laïques, à dominance musulmane, n’est pas pointée du doigt et remise courageusement en question.

De par les faux thèmes abordés, la manière dont son parti s’est construit sur la base d’un forfait « clé en main », la présence de JP Morgan dans les couloirs, la mobilisation des patrons du Cac40 et de la supervision d’une partie des organes de presse de Lagardère par Nicolas Sarközy, il est évident que la candidature de Zemmour est la candidature du système néo-libéral.

Il est compréhensible que la candidature d’un passionné de littérature Française, dans un pays où le latin n’est même plus enseigné à l’école, puisse subjuguer une partie de l’électorat … S’il passait sur Cnews, Fabrice Lucchini aurait-il une chance d’être élu en 2026 ? Il faut croire que oui.

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