Thorbjørn Jagland, monument du travaillisme norvégien, ancien Premier ministre, ex-patron du Conseil de l’Europe et gardien autoproclamé de la morale planétaire à la tête du comité Nobel, a trouvé une porte de sortie provisoire : l’hôpital. À 75 ans, celui que les documents Epstein désignent comme un familier assidu du financier pédocriminel véreux préfère visiblement les soins de longue durée aux auditions de l’Økokrim, l’unité anticorruption qui le poursuit pour avoir confondu son intérêt pour la paix mondiale avec l’acceptation d’avantages en nature chez un trafiquant de mineures.
La presse muselée, le notable au repos
Son avocat, Anders Brosveet, du cabinet Elden Advokatfirma, évoque pudiquement un « stress important » lié à la pression médiatique et judiciaire. Traduction : l’ancien homme fort d’Oslo n’en mène pas large depuis que ses villégiatures chez son ami Jeffrey lui sont revenues en boomerang. Les confrères d’iNyheter, moins enclins à la retenue diplomatique, ont d’abord parlé d’une tentative de suicide, avant que la machine à démentis ne s’emballe. Un curieux arrangement avait même été négocié le 17 février avec la presse locale pour étouffer l’affaire. Peine perdue : le fumier finit toujours par remonter à la surface.
L'ancien Premier ministre norvégien Thorbjørn Jagland est hospitalisé après une tentative de suicide après que la police a ouvert une enquête suite à son apparition dans les dossiers Epstein.
Il figure précédemment dans les dossiers où il déclare à Epstein : « Si Trump gagne, je… pic.twitter.com/jxYDB9Le5q
Car il faut remonter le fil, entre 2011 et 2018, époque bénie où Jagland cumulait les fonctions les plus honorifiques d’Europe tout en posant ses valises dans les propriétés new-yorkaises, floridiennes et parisiennes d’Epstein, sans oublier la traditionnelle excursion sur l’île privée du bonhomme. Tout cela aux frais du prince, naturellement. Le tout pendant qu’il présidait aux destinées du Prix Nobel de la paix et veillait, depuis le Conseil de l’Europe, à la moralité des autres. Une charge symbolique qui, semble-t-il, supportait mal le contraste avec les invitations d’un pédophile milliardaire.
Nous avons hâte de visiter ton île
De Thorbjørn Jagland à Jeffrey Epstein :« Nous sommes maintenant en France. Nous avons fait une navigation formidable. Nous avons déjà commencé à réfléchir à quand et comment revenir. Ce qui s’est passé sur le bateau, c’est que, l’un des premiers jours, j’ai perdu mon téléphone dans l’eau. C’est pourquoi je n’ai vu ton SMS qu’en rentrant à Strasbourg, mais il aurait été difficile de laisser les autres sur le bateau. Nous avons aussi hâte de visiter ton île. »
De Jeffrey Epstein à Thorbjørn Jagland : « Désolé que tu n’aies pas pu y aller… Tu es en France fin février ? »
Thorbjørn Jagland, en terminant son mail en déclarant qu’il avait hâte de visiter l’île de Jeffrey Epstein, a fait appel du pied parfaitement compris par ce dernier qui récompensait les bonnes sources d’informations confidentielles.
L’Økokrim, moins sensible au prestige de l’homme qu’à ses fréquentations, a ouvert une enquête pour corruption aggravée. Perquisitions à l’appui, y compris dans sa résidence secondaire – on ne sait jamais, des petits fours d’Epstein auraient pu y traîner. L’immunité diplomatique, levée dare-dare par le Conseil de l’Europe le 11 février, n’aura pas fait long feu. Jagland clame son innocence, mais risque dix ans de prison. Un séjour qui, cette fois, ne serait pas dans une île privée.
La Norvège, patrie des prix Nobel bien-pensants, découvre avec horreur que ses élites fréquentaient allègrement le même salon. La princesse héritière Mette-Marit a déjà fait son mea-culpa public, l’ambassadrice en Jordanie, Mona Juul, a rendu son tablier après que les documents ont révélé qu’Epstein avait eu la générosité posthume de léguer de l’argent à ses enfants. Jagland, lui, incarne une chute plus symbolique encore : celle de l’homme qui prétendait distinguer les artisans de la paix et se vautrait dans l’antichambre de l’infamie.
Ses admirateurs d’hier, qui voyaient en lui le réformateur social des années 1990, se taisent. Ses détracteurs, plus nombreux depuis l’affaire, rappellent que l’habit ne fait pas le moine, surtout lorsqu’il est taillé sur mesure par un criminel. Pour l’heure, le malade se repose, quelque part dans une clinique discrète. L’enquête, elle, ne prend pas de congés.
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