Corporations vs Nations : Le Dernier Match

Est-ce les réseaux sociaux, la dépossession de soi ou le désenchantement intellectuel qui pousse les citoyens des pays occidentaux à s’impliquer et à se diviser tout autant, sur des questions de société qui n’intéressait personne il y a quelques années ? L’individualisme pousse aujourd’hui chacun à embrasser une lutte narcissique qu’il fera sienne au nom d’un prétendu bien commun. Entre les LGBT, les partisans du capitalisme « vert », les immigrationistes et ceux qui s’y opposent, etc, le choix est vaste. Se multiplient ainsi les manifestations et mouvements dit progressistes ou « woke », au grand dam des Nations qui voient progressivement leurs idéologies historiques se fracturer, pour être remplacées par des problématiques artificielles (destruction du nucléaire Français et immigration) engendrant des discours à propos de l’écologie et du vivre-ensemble, mais sans jamais vraiment de sens ni de réels actes.
Et si le mouvement à l’origine sans affiliation politique et spontané des Indignés en 2011, avait fait tellement peur aux puissants, que l’objectif était désormais de contrôler la fureur populaire afin de faire coïncider l’envie de changement du petit peuple, avec les objectifs du grand capital ? Et si ces nouveaux mouvements de contestation n’étaient que des outils de plus d’une poignée de philanthropes milliardaires, ayant pour but de faire main-basse sur les dernières Nations souveraines qui légifèrent encore contre eux ?

La Puerta Del Sol à Madrid en 2011. Dernier mouvement apolitique et non communautaire de notre époque. AFP

Divide et Impera : Diviser et Régner
« Au milieu de l’incertitude du Covid-19 et du paysage politique fragmenté, les sondages montrent que l’entreprise a émergée comme l’institution la plus fiable dans le monde, comblant de leurs voix le vide des discours des dirigeants, ajoutant finances et ressources pour apporter de l’aide et du changement aux communautés dans le besoin ». Dixit un des patrons de Coca-Cola et ancien directeur de l’OMC, Roberto Azevêdo dans une conférence intitulée : « Le monde a besoin d’un nouveau contrat social, voici pourquoi ». Qu’un des patrons d’une des plus grande firme responsable de l’obésité, du cancer, et du diabète mondial s’intéresse à une question sociétale aussi importante que « le changement du monde », devrait interpeller les journalistes du globe. Il n’en est rien. L’événement de Davos de 2022 intitulé « The Great Reset », se compose de 280 conférences à destination principalement des dirigeants des grandes entreprises, toutes axées sur la gouvernance mondiale, et accessibles librement sur le web. Pour l’instant.

L’économiste Olivier Pacentini nous parle de Davos 2022 : « Et s’ils voulaient dissoudre les peuples ? »

Nous y retrouvons en substance, la nécessité d’imposer diverses fractures au sein des sociétés afin d’y accroitre le pouvoir du privé : il s’agit d’orienter l’énergie militante du peuple vers de nouvelles problématiques inconnues des gouvernements tel que le communautarisme et la « planète » afin que les États aient besoin de recourir de plus en plus aux entreprises et cabinets privés pour les conseiller. Toute notre belle époque.
C’est ainsi que nos dirigeants cèdent tacitement et progressivement, année après année, et crise après crise, les affaires étatiques et régalienne au marché de l’entreprise. Tout est expliqué dans cette conférence : « Pourquoi les dirigeants doivent centrer leur discours sur l’espoir en période de crise ? ». Nous y apprenons par exemple qu’il est nécessaire d’utiliser des leaders jeunes car ils permettent de transmettre de l’espoir aux masses plus âgées afin d’éviter un soulèvement généralisé. Macron et Trudeau seraient donc les sauveurs des baby-boomers, et Greta Thunberg, une sorte d’espoir pour la classe moyenne. La recette semble fonctionner.

Maintenir la cohésion entre chefs de rayon est essentiel pour le moral des salariés

La stratégie de promouvoir de nouveaux leaders, autour de nouvelles problématiques telle que présentées durant les conférences afin de faire perdurer les anciennes, semblent fonctionner. En effet, puisqu’au-delà des chefs d’États simili-salariés des philanthropes, c’est tout un segment du peuple, principalement aisé et urbain, qui va prendre fait et geste pour une cause et en bouleverser le débat public grâce à une puissante stratégie basée sur les ONG et des associations,

Entreprises et ONG
La fondation Bill & Mélinda Gates, Rotchild, Hellwett et Packard, ou encore la Fondation Bertelsmann, ne sont que l’infime partie d’une immense entité dont la seule raison d’être est d’accumuler du capital par tous les moyens. Décuplé ces dernières années par les réseaux sociaux, le principe est simple : en plus de créer de nouvelles idéologies, il s’agit de financer différentes associations (et d’y suggérer quelques directeurs et cadres par la même occasion), dans le seul but de créer des leviers de pression afin de faciliter les affaires. Les citoyens se mobilisent alors en toute bonne foi pour des causes qu’ils pensent justes, mais participent indirectement à la destruction des Nations et à la spoliation des capitaux, au détriment des populations locales.
C’est l’adage du milliardaire philanthrope : prétendre utiliser sa fortune pour aider les peuples et la planète. Fortune au passage, qui s’est constituée grâce à la destruction de la nature et à l’asservissement des populations.

L’exemple du néocolonialisme qui s’est développé en Afrique ces dernières années est parlant : une fondation récolte de l’argent pour mettre l’électricité dans un village, mais l’investissement profitera avant tout à l’industrie minière locale construite pour l’occasion par un autre bienfaiteur afin de mettre tout le monde au travail. Une levée de fonds pour des antennes relais en zone rurale permettra de faire payer aux locaux un forfait mobile, mais il n’y aura toujours aucun service public ou d’urgence à appeler en zone rurale.
A l’heure où le nombre de fondations humanitaires n’a jamais été aussi important, la faim progresse en Afrique et dans le reste du monde, mais personne ne parle de construire ou d’entretenir les infrastructures pour acheminer la nourriture et les dons restent essentiellement dans les grandes villes. Dans le monde qu’ils construisent, chaque ONG a son utilité : elle sert un but précis de rentabilité ultérieure.

La promotion woke a ses avantages aussi : les associations de protection des victimes de violences sexuelles sont devenues progressivement des défenseurs des droits des LGBT. (Même en Inde ou en Afrique où il s’agit d’une problématique pourtant anecdotique : le besoin d’appartenance venant après celui de l’alimentation). Malheureusement, l’intégralité des transgenres opérés devront consommer des médicaments à vie. Qu’ils se rassurent puisque leurs traitements seront commercialisés partout dans le monde par ceux-là même qui prônent l’émancipation narcissique de l’individu au forum de Davos. Là aussi, la lutte des droits a bon dos et les vrais problèmes continuent de tomber dans l’oubli.

L’immigration prendra des proportions inédites à partir du moment où les réseaux de Georges Soros photographient et relaient sur twitter la photo du petit Aylan, retrouvé décédé en 2015 sur les plages turques. Les ONG Soros se mettent alors en ordre de combat : se créé ainsi tout un processus multi-canal visant à promouvoir et à faciliter l’immigration. Du financement des ONG, jusqu’aux bots générant automatiquement des messages sur twitter allégrement utilisés par ces ONG afin de créer de nouvelles tendances et saturer l’espace de dialogue. Le message avec le #RefugeesWelcome, originaire des réseaux Soros sera alors relayé massivement. Il s’agit d’une nébuleuse : un autre organisme par exemple, va jusqu’à créer un site listant pays par pays, les procédures d’entrée, et notamment ce qu’il faut dire ou ne pas dire afin de ralentir le plus possible les éventuelles procédures d’expulsion.
En plus de faire baisser le coût du travail, l’objectif semble aussi de contre-médiatiser[1] les partis d’extrême droite afin que les peuples, effrayés par un spectre des années 30 maintenu artificiellement en vie, votent massivement pour le candidat qui semble le plus fréquentable, c’est-à-dire celui des lobby et de leurs cabinets de communication. Si d’aventure l’opinion du peuple leur échappe, on s’assure que le parti dit d’extrême droite nouvellement élu soit totalement dépendant du groupe d’influence qui a permis son élection, comme en Italie, afin de maintenir les vieilles traditions libérales et ne pas gêner les affaires.

Plus simple que de faire élire son meilleur commercial, le philanthrope peut aussi faire rédiger des amendements à destination des parlements des pays dans lequel il s’est offert les clés. C’est encore ce qui fonctionne le mieux. L’exemple parfait à ce jour reste la commission Européenne, sorte de chambre d’enregistrement des besoins du monde du privé : les milliardaires médiatisés, dont les fondations influent sans garde-fous sur les campagnes électorales (contrôler les dons des partis politique permet de discerner les multiples fondations, mais pas les quelques donateurs qui les financent), peuvent y faire interventions, organiser des levées de fond et programmer des rendez-vous à volonté. « Vous voyez, j’ai un président pour le petit-déjeuner et un autre pour le dîner ! » plaisante Monsieur Soros à propos des instances qu’il fréquente.
Le reportage de Cash Investigation sur le lobby des cigarettiers, présente Jean Pierre Audy, ancien député Européen, qui nous explique comment sont rédigés les amendements proposés au parlement Européen. Jean-Pierre concède reprendre tel quel les amendements proposés par les cabinets d’influences : « Comme vous, comme vos enfants, je fais des copier coller » relativiste-il. Un autre député, Gaston Franco, nous explique de toutes les entreprises, et pas seulement les cigarettiers, leurs envoient des amendements et qu’il s’agit d’une procédure parfaitement normale.
Bien que s’attaquer à une industrie en perdition comme les cigarettiers est possible, ce genre de reportage reste anecdotique. Alors qui oserait s’attaquer aux fossoyeurs de la démocratie (quand il ne s’agit pas du patron de la chaîne ou de la société de production), les mêmes qui sont protégés aujourd’hui par le bouclier de l’écologie et de l’humanité qu’ils ont eux-même érigé ?

Ukraine, l’après Syrie
La guerre d’Ukraine n’est que la suite logique de la guerre en Syrie. L’objectif à court terme des États-Unis étant de limiter la dépendance de l’Europe aux ressources naturelles de l’Est, afin qu’elle devienne son exclusif client. Il était impératif que la Syrie ouvre ses vannes aux fournisseurs du Golf, notamment le Qatar, ce qu’elle refusa, déclenchant ainsi la guerre Syrienne dite « civile » en 2011. Malgré la poursuite des hostilités, les projecteurs ont changé de cible depuis, et l’œil du capital se porte désormais sur Moscou.
La mise en gaz précédant le réel démarrage de Nord Stream 2 en septembre 2021, est le signal pour les États-Unis, grâce au commandement de l’OTAN de déployer sur la frontière les unités Ukrainiennes formées par leurs soins depuis maintenant 6 ans dans la région du Donbass, perpétuellement bombardée depuis 2014 par l’armée Ukrainienne. C’est le mouvement de trop pour les Russes qui lanceront alors leur offensive.
En effet, l’afflux de gaz supplémentaire vers le vieux continent signifiait en cette période de chute du dollar, une stabilisation des prix du gaz bienvenue en Europe, qui échapperait à la juridiction américaine puisqu’il s’agirait de gaz payé en euros et non en dollars (partout dans le monde, une transaction effectuée en dollar tombe sous le coup de la juridiction américaine), il était impératif pour les industriels d’outre-Atlantique de couper l’herbe sous le pied des Russes afin de ne pas gagner d’avantage de parts de marché en Europe. Une stratégie que l’occident s’évertue à mettre en œuvre depuis de nombreuses années déjà, sans trop de succès.

C’est donc l’occasion pour les entités du capital et nos philanthropes préférés de faire main basse sur les derniers États souverains du globe. En effet, dans des pays comme la Russie ou la Chine, c’est le parlement qui rédige et fait respecter des lois à l’encontre des entreprises, et pas l’inverse. Jamais un lobbyiste ne pourra proposer un amendement à la Douma (Parlement de la Fédération de Russie), sans susciter enquêtes et analyses sur son intégrité et ses motivations. Pour les multinationales, renverser ce genre d’État en divisant ses forces vives est impératif pour la bonne poursuite de la mondialisation.

Un accueil « champêtre » sur le tarmac de Kiev en 2012, pour le patriarche Kirill de Moscou.

Ainsi, les ONG internes et externes jouent leurs rôles de déstabilisation en toute bonne foi, en organisant des manifestations LGBT/Woke, des profanations d’églises, et autres joyeusetés sous couvert de tolérance, d’émancipation, et de liberté au nom de valeurs occidentales ethnocentrées.
Cependant, ces associations de l’ouest, semblent ignorer volontairement que les lois de la Fédération de Russie ne se font plus comme au temps de l’URSS. En effet, que ce qu’on appelle communément « Russie », n’est pas moins composée de 22 constitutions différentes et tout autant de présidents. On y trouve ainsi des peuples aux cultures très variées, principalement de confession orthodoxe, mais aussi juive, chrétienne, musulmane ou encore bouddhiste. Il n’appartient ainsi en rien à Vladimir Poutine, pourtant décrit par la presse mainstream comme un dirigeant totalitaire, d’imposer, par exemple l’autorisation du mariage unisexe, définissant ainsi à lui seul des valeurs et du destin des populations cosmopolites qui composent la Fédération de Russie. Sur ces thèmes de « liberté », Vladimir Poutine est constamment critiqué pour ne pas agir comme un dictateur. Peu importe les peuples et les constitutions du monde, pour les ONG et autres fonds de bienveillance de nos philanthropes préférés : l’important pour la bonne conduite des affaires est la division des peuples, en utilisant les masses occidentales ethnocentrées et abruties le divertissement perpétuel.

« Le jour de la crise et le lendemain, notre seul adversaire, ce sera la masse réactionnaire regroupée autour de la démocratie pure » Friedrich Engels, 1884.

Pourquoi ?
C’est une erreur de s’imaginer la société économique comme figée. Le Capital (le fait de produire, puis d’échanger afin de permettre à une minorité d’accumuler, appelé aussi « big brother » au 21ème siècle) est constamment en mouvement et en lutte. Depuis l’apparition du commerce, il n’a eu de cesse d’essayer de s’étendre en surface (dans la haute-antiquité, « conquérir un marché », signifiait littéralement attaquer le marché de la ville d’à côté afin de pouvoir y vendre ses produits) et en profondeur (en influençant sur les législations des pays afin d’y améliorer l’accès et les revenus). C’est le Capital qui va raser Carthage et dit-on, disperser du sel sur son sol pour que rien ne repousse. Plus tard dans l’histoire c’est ce même Capital qui fera progressivement abolir le servage dans les monarchies d’Europe afin que les hommes changent de maitres et servent un patron plutôt qu’un seigneur. En France, il ira jusqu’à décapiter un Roi.
A chaque page de l’histoire, l’extension des voies de transports et des communications ne font qu’accélérer les événements : Lorsque le capital a eu fini d’influencer les cours royales et les gouvernements du monde, il s’est mis à les remplacer. En 1861 aux États-Unis, le Capital déclenche une guerre civile sanglante contre les propriétaires terriens du sud pour imposer sa vision du patronat, qu’il considérera par la suite comme étant une abolition de l’esclavage. Viendra le tour du Japon en 1868 avec la particulière guerre civile du Boshin où l’Empereur, afin de ne pas être simplement remplacé par l’occident, adoptera finalement les réformes libérales pro-américaine voulu par le parti sécessionniste qu’il venait pourtant d’écraser.
C’est de cette manière qu’il faut personnifier le Capital pour comprendre le monde d’aujourd’hui : une entité pachydermique qui avance et détruit les Nations qu’elle ne peut avaler. Sa finalité est aussi futile que paradoxale : amasser de l’argent, afin de se protéger de ceux qui n’en n’ont pas. Le reste est purement philosophique.
Aujourd’hui nous vivons une époque d’innovations permanentes qui coïncide avec une médiocrisation de nos dirigeants[2]. Qu’ils soient à Paris ou Washington, les lobbyistes du capital gouvernent de nombreux États d’occident et détruisent progressivement les nations en idéologisant leurs peuples autour de concepts totalement hors-sujets et contre productif pour les luttes sociales. Pour reprendre Hutchison dans le Choc des Civilisations : les guerres restent économiques, mais sont passées d’une posture prétendument démocratique, à un simple emballage idéologique.

[1] : s’assurer par différents mécanismes de rhétorique et d’influence, que chaque apparition médiatique du concerné, soit traitée sous un angle défavorable par les médias, y compris lorsque cette apparition est à l’initiative du concerné.

[2] : piloté en général depuis l’étranger, le concept consiste à participer au développement du cursus honorum d’un individu présentant un bon rapport entre image publique et maniabilité afin d’en faire, par le biais de financements ultérieurs, le dirigeant redevable à la tête d’un pays, d’une institution ou d’une entreprise. Le programme Young Leaders est un des exemple en France.

Thomas Beslin 27-12-22

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