Børge Brende, le gardien en chef de la boutique du « monde meilleur », a jeté l’éponge jeudi 26 février. L’homme qui présidait aux destinées du Forum économique mondial (WEF) depuis 2017 n’a pas survécu à la publication des fameux « Epstein files ». Figurez-vous que l’ancien chef de la diplomatie norvégienne, âgé de 60 ans, fréquentait, pour affaires disait-il, le désormais célèbre financier pédocriminel.
Dans un communiqué d’une sobriété confondante, l’intéressé a expliqué qu’après « une réflexion approfondie », il laissait son poste. « Profondément enrichissant », furent ses mots pour qualifier ces huit années passées à serrer des mains entre deux raclettes. Le conseil d’administration, coprésidé par le très sérieux André Hoffmann et le tout-puissant Larry Fink, a salué son « travail » avant de confier les clés du chalet à Alois Zwinggi, un collaborateur historique chargé de faire le ménage pendant qu’on cherche un remplaçant.
Le menu des « Epstein files » : entrée, plat et dîners
Car il y a un os dans le jambon de Davos. La récente déclassification américaine, ce fameux flot de transparence tant attendu, a mis au jour la sociabilité très particulière de M. Brende. Les échanges révèlent qu’entre 2018 et 2019, le monsieur propre du WEF a participé à trois dîners avec Jeffrey Epstein. Trois repas en compagnie d’autres diplomates et dirigeants, agrémentés d’une correspondance électronique suivie. En témoigne cet échange (mail classé EFTA01022909 par le ministère de la Justice américain) :
Le dim. 16 sept. 2018 à 20h16, Borge Brende écrit à Jeffrey Epstein : « Exactement ! Nous avons besoin d’une nouvelle architecture mondiale. Le Forum économique mondial (Davos) occupe une position unique : public privé. Cordialement, Borge »
Réponse d’Epstein : « Davos peut vraiment remplacer l’ONU. Cybersécurité, cryptographie, génétique… coordination internationale. Comme mon passage au sein du Conseil trilatéral [NDLR : où l’avait fait entrer Rockefeller]. Les enjeux actuels doivent prendre en compte la confiance distribuée et les conséquences d’Internet. »
Naturellement, Brende jure n’avoir vu dans son hôte qu’un « partenaire professionnel », se déclarant « totalement ignorant » des goûts particuliers de son ami pour les mineures. Il a eu la décence de regretter un manque de « vigilance ». Une enquête interne, qu’il a lui-même commanditée pour sauver les meubles, a conclu à l’absence de « préoccupations supplémentaires ». Traduction : rien de plus que ce qu’on a déjà vu, mais ça suffit pour plier bagage.
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La peste et le choléra des élites
Ce départ n’est pas une péripétie isolée, mais bien un rouage de plus qui saute dans la machine à influence mondiale. Depuis que les fichiers Epstein inondent la toile, c’est une véritable hécatombe dans la crème des dirigeants, pris la main dans le sachet de bonbons du désormais infréquentable. Le WEF, ce temple de l’élitisme où l’on refait le monde entre milliardaires et chefs d’État, se prend une nouvelle fois les pieds dans le tapis rouge de ses invités.
L’institution, qui se targue chaque janvier de résoudre les crises planétaires qu’elle a programmées, doit désormais en gérer une interne : prouver qu’elle n’est pas qu’une simple agence de rencontres pour puissants véreux.
Changement de tête, même combat ?
La succession de Brende s’annonce aussi délicate qu’une descente à ski dans le brouillard. Le futur patron devra redorer un blason sérieusement terni tout en conservant la mainmise sur le carnet d’adresses le plus juteux de la planète. En attendant, l’intérimaire Alois Zwinggi s’attellera à préparer le raout de janvier 2027, en espérant que les fantômes d’Epstein aient fini de rôder autour des pistes.
par Yoann
Le MEDIA en 4-4-2 est un média alternatif qui dispense, non sans humour, un très bon suivi des affaires de corruption et de manipulation du régime.


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