Coup sur coup trois nouvelles nous ont atteint au cours des dernières semaines : le jugement de l’affaire Brigitte Macron, le vote de la loi sur la limite d’âge des réseaux sociaux et la révélation de plusieurs millions de documents dans l’affaire Epstein.
Or, celle-ci nous révèle à tout le moins l’impact de la classe supérieure sur les politiques menées par nos États. Cela pose donc la question de la neutralité de la loi et de ses justifications.
Tout sociologue le sait, la classe supérieure est celle dont le fonctionnement s’approche le plus d’une classe sociale au sens marxiste : une véritable coopération naît de la fréquence des interactions entre ses membres. En cela, Jeffrey Epstein occupe le rôle normal d’un membre de cette classe et, sans la partie sexuelle de l’affaire, nous n’aurions jamais eu accès à ce qui est une correspondance privée, typique de ce milieu.
Ce matériau sociologique montre, ou plutôt démontre que la classe supérieure s’arrange entre elles et que son impact sur la décision publique dépasse celui de l’électorat. On en arrive à ce paradoxe où un pédophile avec les bonnes entrées est suspecté d’avoir déclenché la persécution d’un humoriste plébiscité par une large partie des Français.
Cela ne surprendra pas ceux familiers avec la thèse d’Henri Guillemin selon laquelle Thiers aurait convaincu son milieu que la démocratie leur permettrait de continuer á diriger le pays en couvrant leurs décisions du manteau de la souveraineté populaire.
Le mécanisme de l’élection dépouille le citoyen au profit du mandataire. Couvert par l’absence de mandat impératif et l’absence de quitus en sortie de charge, son seul risque est de ne pas être réélu. Cette menace pèserait si la république ne se montrait pas fort généreuse pour proposer maintes solutions permettant d’assurer une poursuite de carrière. Dès lors, le mandataire à intérêt à servir la classe supérieure en mesure de dispenser ces sinécures avec générosité. Monsieur Breton, nommé à la banque of America avant ses problèmes de visa, se portera caution de mon affirmation.
En ce sens, l’influence acquise par un Epstein apparaît comme logique. Grâce à un premier noyau de personnes sous contrôle, il pouvait faire avancer les affaires de d’autres et donc peser bien au-delà d’une influence normale. Si tous ses contacts n’ont pas bénéficié de faveurs sexuelles, ils ont participé à un système qui permet de telles influences.
Dès lors se pose la question de la confiance à accorder à nos mandataires. Si Epstein à été possible, rien ne prouve qu’il n’y en a pas d’autre ou qu’il n’y en aura pas d’autre. La forfaiture, au sens où le mandataire substitue sa volonté à celle de son mandant demeure possible et, dans une « démocratie » rien ne permet de condamner cette fraude.
Etienne Chouard résout cette difficulté par sa proposition d’instauration du tirage au sort. Malgré mon plus immense respect pour sa théorie, je m’autorise un doute. La majorité de la population n’a pas l’éthos politique et ne souhaite pas s’engager dans les affaires de la cité. L’élection lui convient : rare, suffisante pour décharger sa bile à intervalle régulier, elle permet de se défausser de la responsabilité sociale du citoyen.
Je proposerais la solution inverse. L’une des écoles sociologiques considère que la probabilité de commettre un crime est en fonction de la probabilité d’être pris multipliée par la peine.
Mettons donc le crime de forfaiture dans la constitution ! Applicable aux représentants élus, il pourrait être évalué par les tribunaux sur plainte validée par un jury citoyen en sortie de mandat. Ça revient à instaurer un jugement systématique, car il se trouvera forcément une âme charitable pour porter plainte. Elle accomplira juste le travail de tri des décisions, ce qui soulagera la justice de faire ces recherches.
Ensuite, les peines doivent être lourdes, très lourdes. Surtout pour les postes à responsabilité. Le jugement ne concernera pas un citoyen lambda dont on doit protéger les droits, mais un homme politique volontaire pour son mandat. Si le maire d’une petite commune doit être protégé, nous ne manquons pas de candidats pour les communautés d’agglomérations aux riches budgets. L’importance de ces responsabilités doit fixer la peine encourue.
Plus celle-ci sera lourde, plus le jury doit être large. Avec peut-être soixante-douze jurés pour les réquisitoires les plus graves. Par contre, il faut condamner sans hésitation. Seule une politique de terreur (J’ose le terme) pourra conduire les aspirants dirigeants à rompre avec la logique de classe.
L’un des cas notamment doit être l’arnaque désormais fort répandue aux justifications des projets de loi. Pour cette raison, j’ai lié l’affaire Brigitte Macron et la loi sur l’âge d’accès aux réseaux sociaux.
Hormis une poignée d’ermites, il existe un consensus pour estimer que cette loi vise à restreindre la liberté d’expression des adultes. Les mêmes forces qui ont servi et protégé Epstein sont à l’œuvre pour juguler la liberté d’expression sur les réseaux sociaux. La loi actuelle cache à peine ses objectifs. Pourtant, on nous l’a vendue comme une loi de protection des mineurs. Connaît-on un cas plus chimiquement pur de forfaiture ? Je peine à me l’imaginer.
Les opposants au texte ont fait le travail, montré l’absence d’alternative au contrôle de la population, montré que les dirigeants qui invoquent la protection des mineurs les sacrifient dans toutes les autres occasions : les foyers de l’ASE qui livrent les gosses à la prostitution, les mesures de confinement qui ont ancré les gamins devant les écrans sont le fruit du même pouvoir qui s’inquiète du harcèlement sur les réseaux sociaux. La critique est si facile que l’on n’y gagne plus la moindre gloire.
Pourtant, malgré le scandale, la loi passe ! Tout comme est passée la loi Schiappa destinée à protéger les mineurs harcelés. Elle a surtout servi à protéger Brigitte Macron, mineure de plus de soixante-dix ans. On peut certes gloser sur son âge mental (ah non, ce serait du harcèlement, nous risquerions la loi Chiapas), mais pas sur sa majorité légale.
Force est de constater, les motifs de la loi étaient mensongers, puisque le texte est appliqué en contradiction avec le cas présenté au parlement. Où sont les conséquences ? Nulle part. Imaginez, grâce à cette loi, si le pauvre Jeffrey Epstein était en vie, il pourrait faire condamner pour harcèlement ces bandes affreuses qui convergent pour l’accabler et nuisent à sa qualité de vie !
Alors, de tels cas doivent être inclus dans la définition de la forfaiture et concerner tant les députés qui ont feint d’accepter la justification que ceux qui, dans l’appareil d’état, ont préparé un texte frauduleux. Ces procédés seraient criminels si un citoyen en usait pour vendre des encyclopédies inutiles, la même protection doit s’appliquer à ce qui nous est le plus précieux : notre liberté.
N.B. : Nous pourrions multiplier les exemples, que l’on se rappelle du dévoiement des lois antiterroristes pour mater les mouvements sociaux ! Là encore, des condamnations devraient tomber.

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