Niamey a annoncé la suspension d’une dizaine de médias français. Interdits à l’écran, sur le web et sur téléphones, ces médias sont accusés par les militaires au pouvoir de “mettre gravement en péril l’ordre public”. Un énième geste de rejet de la part du Niger, alors que la France prend part sommet africain à Nairobi au Kenya.
Après le putsch du 26 juillet 2023 au Niger, les nouvelles autorités de Niamey ont engagé une rupture ouverte avec la France, en tenant un discours de souveraineté et de rejet de l’“ingérence” et de l’“impérialisme” français. Cette ligne politique s’est traduite par une remise en cause frontale des accords de sécurité et de défense conclus avec Paris, ainsi que par une volonté affichée de reprendre la main sur les choix stratégiques du pays.
Une menace pour “les institutions de la République”
Cette rupture a entraîné l’arrêt ou la mise à l’écart de plusieurs coopérations concrètes. Le Niger a dénoncé les accords militaires, exigé le départ de l’ambassadeur français, puis obtenu celui des forces françaises, tandis que Paris a fermé son ambassade et retiré ses derniers militaires du pays. Dans le même mouvement, le dossier de l’uranium a cristallisé ce bras de fer avec le retrait du permis d’exploitation du projet d’Imouraren, suspension de la production d’Orano à Arlit avant une perte du contrôle opérationnel de la filiale minière du groupe français au Niger.
À ce moment-là, les décisions des militaires au pouvoir au Niger s’étaient inscrites dans une séquence plus large de recul de l’influence française en Afrique subsaharienne, particulièrement au Sahel. Le Mali et le Burkina Faso avaient déjà pris leurs distances avec Paris, en rompant progressivement les cadres de coopération sécuritaire et militaire, notamment anti-jihadiste.
Cette rupture avait aussi concerné les médias. RFI et France 24 étant suspendus peu après le putsch au Niger, alors, qu’environ un an plus tard, le même couperet tombait sur BBC. Mais cette fois-ci, les militaires au pouvoir ont annoncé étendre la mesure à une dizaine de médias français, accusés de “mettre gravement en péril l’ordre public”.
“Sont suspendus sur toute l’étendue du territoire national pour diffusion récurrente de contenus susceptibles de mettre gravement en péril l’ordre public, l’unité nationale, la cohésion sociale et la stabilité des institutions de la République les médias : France 24, RFI], France Afrique Media, LSI Africa, AFP, TV5 Monde, TF1 Info, Jeune Afrique et Mediapart”, lit-on dans le communiqué de l’Observatoire national de la communication.
Cette décision est exécutée “immédiatement”, poursuit-on, et la suspension concerne aussi bien “les bouquets satellitaires” que “les réseaux câblés, les plateformes numériques, les sites Internet et les applications mobiles”.
Là encore, la décision de Niamey rappelle celles déjà prises par ses voisins, à l’image du Mali ou, plus récemment, le Burkina Faso qui interdisaient deux jours avant le communiqué du Niger, soit mardi dernier, la diffusion de la chaine TV5 Monde, au même titre que d’autres médias occidentaux.
Quelques jours avant un sommet au Kenya
Ces suspensions de médias français se sont accompagnées d’un autre geste symbolique de rupture avec l’espace francophone, à savoir le retrait officiel du Niger, du Mali et du Burkina Faso de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en mars 2025. Après une suspension initiale prononcée par l’OIF suite aux coups d’État dans ces pays, les juntes au pouvoir ont d’abord gelé leur participation avant d’acter leur départ définitif, dans une logique de rejet des institutions perçues comme liées à l’influence française.
En rompant ces liens avec la France, ces trois pays se sont tournés vers de nouveaux partenaires stratégiques, la Russie en tête pour le domaine sécuritaire et militaire. Moscou a renforcé son soutien à l’Alliance des États du Sahel (AES) par des livraisons d’équipements, des formations et une coopération accrue en matière de défense, tandis que la Chine est devenue un acteur économique dominant sur le continent, avec des échanges commerciaux massifs et des investissements dans les infrastructures.
Que ce soit par le retrait de l’OIF ou par les suspensions répétées de médias comme RFI et France 24, les pays de cette région subsaharienne ne réduisent pas uniquement l’influence géopolitique de Paris en Afrique, mais semblent aussi porter un coup à la langue française dans ces anciennes colonies. Si le russe gagne du terrain dans les sphères militaires et sécuritaires du Sahel, et le mandarin dans les échanges économiques sino-africains, l’hégémonie culturelle et linguistique du français pourrait bien s’éroder durablement au profit de ces nouveaux acteurs.
Ces décisions du Niger et du Mali interviennent peu avant un sommet entre la France et des pays africains à Nairobi au Kenya, auquel les pays subsahariens ne prendront pas part et à travers lequel l’Élysée entend insuffler une nouvelle dynamique à ses relations avec le continent.
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