Le 10 août 2026, les sénateurs américains Ron Johnson et Rand Paul ont publié une première série de messages extraits du téléphone professionnel d’Anthony Fauci. Parmi plus de 34 000 SMS et 522 messageries vocales, une chaîne datée des 25 et 26 janvier 2021 attire immédiatement l’attention. Fauci, alors directeur du NIAID, échange avec Rochelle Walensky (CDC) et Vivek Murthy (Surgeon General) sur la vaccination des femmes enceintes. Il y écrit que la deuxième dose du vaccin Covid « théoriquement, cela pourrait être associé à une fausse couche au premier trimestre ».

Cette phrase, anodine en apparence, prend une dimension particulière lorsqu’on la confronte aux déclarations publiques ultérieures des mêmes responsables. En février 2021, Fauci affirmait qu’il n’y avait « pas de drapeaux rouges » concernant les femmes enceintes. En août et septembre 2021, le CDC et Fauci lui-même martelaient que les vaccins étaient sûrs pendant la grossesse et qu’ils devaient être recommandés. Murthy répétait en 2022 que les données montraient une sécurité à tous les stades de la grossesse.
L’écart entre la discussion interne d’un risque théorique et la communication publique rassurante relance, cinq ans plus tard, une question qui avait déjà été posée avec force en France à l’été 2021 : les citoyens, et en particulier les femmes enceintes, disposaient-ils de l’information complète nécessaire à un consentement libre et éclairé ?
Le contexte américain de janvier 2021
Les vaccins à ARNm venaient à peine d’obtenir leurs autorisations d’urgence. Les essais cliniques de phase 3 n’étaient pas terminés. Les données sur les populations particulières, dont les femmes enceintes, restaient limitées. Dans ce contexte, Fauci évoque un risque théorique lié à la deuxième dose, probablement en lien avec la fièvre ou la réaction inflammatoire induite. Les sénateurs Johnson et Paul soulignent que ce message, aujourd’hui rendu public, « pourrait avoir un impact immédiat sur la santé publique et le principe du consentement éclairé ».
Les réactions sur X ont été immédiates. Des comptes ont dénoncé une forme d’hypocrisie : un risque évoqué en privé, minimisé en public, alors que des pressions professionnelles et sociales s’exerçaient déjà sur les femmes enceintes. D’autres ont rappelé que le terme « théoriquement » n’équivaut pas à une preuve de causalité, et que des études ultérieures n’ont pas montré d’augmentation significative du taux de fausses couches. Le débat reste ouvert sur l’interprétation des données. Ce qui ne l’est plus, c’est l’existence d’une discussion interne sur un risque potentiel dès janvier 2021.
L’été 2021 en France : des alertes ignorées
Le 12 juillet 2021, Emmanuel Macron prononce une allocution qui change le cours de la gestion de la crise en France. Il annonce l’extension du passe sanitaire et l’obligation vaccinale pour certaines professions, dont les soignants. Pour justifier ces mesures, il avance plusieurs assertions scientifiques : le variant Delta serait trois fois plus contagieux, les vaccins diviseraient par douze le pouvoir de contamination et éviteraient 95 % des formes graves.
Quelques jours plus tard, le dr Peter McCullough, cardiologue américain déjà auditionné au Sénat américain sur les traitements précoces, analyse point par point ces affirmations pour FranceSoir. Son verdict est sans appel : aucune ne résiste à l’examen des données disponibles à l’époque. Il considère que l’obligation et le passe ne sont pas justifiés par l’état de l’épidémie, y compris face au variant Delta. Il se déclare prêt à venir témoigner devant les parlementaires français.

Dans le même temps, Jean-François Lesgards, docteur en biochimie, chercheur spécialisé dans les maladies inflammatoires et conseiller scientifique sans conflit d’intérêts, adresse une longue lettre d’information aux sénatrices et sénateurs. Il y explique la biologie particulière du SARS-CoV-2 : blocage de la production d’interféron, mutation unique sur la protéine Spike facilitant l’infection, capacité à dérégler l’immunité innée et à déclencher une réaction immuno-inflammatoire. Il insiste sur le fait que la Covid-19 doit être appréhendée davantage comme une maladie immuno-inflammatoire induite par un virus que comme une simple infection virale. Il rappelle que les vaccins sont encore en phase 3, que des données d’innocuité essentielles (biodistribution, immunotoxicité, génotoxicité, cancérogénicité) manquent, et que le consentement libre et éclairé exige une information complète.
L’association BonSens.org, qui compte alors près de 30 000 membres, multiplie les courriers. Le 25 juillet 2021, elle écrit aux membres de la Commission Mixte Paritaire. Elle joint la lettre de Lesgards, une analyse juridique du professeur Philippe Ségur, et l’avis de la Défenseure des droits. Elle rappelle les écritures d’Olivier Véran au Conseil d’État, dans lesquelles le ministre reconnaissait que l’efficacité des vaccins n’était que partielle, qu’elle était contingente face aux variants, que les personnes vaccinées restaient exposées aux formes graves en cas d’échec vaccinal, et que le vaccin n’empêchait pas la transmission. Véran concluait alors qu’il n’y avait « pas de justification à exempter les personnes vaccinées » des restrictions. BonSens souligne le caractère conditionnel des autorisations de mise sur le marché, les incertitudes sur la qualité des lots, les déclarations de pharmacovigilance déjà élevées, et les risques de myocardites chez les jeunes. L’association propose l’audition d’experts internationaux (McCullough, Kory, experts indiens, sénégalais, argentins, nigérians) et s’engage à financer leurs déplacements.
Ces documents, aujourd’hui disponibles, montrent qu’en juillet 2021, des voix scientifiques et citoyennes alertaient déjà sur trois points centraux : le caractère expérimental des produits, les lacunes dans les données de sécurité, et le risque de viciation du consentement par une communication officielle en décalage avec les réserves exprimées en interne ou devant les juridictions.
Le fil conducteur : la transparence et le consentement
Les SMS de Fauci ne prouvent pas que les vaccins ont causé des fausses couches en masse. Ils montrent qu’un risque théorique était discuté au plus haut niveau dès janvier 2021. De la même façon, les alertes françaises de juillet 2021 ne prétendaient pas détenir une vérité absolue. Elles demandaient un débat scientifique réel, l’audition d’experts critiques, et le respect de la hiérarchie des normes (consentement libre et éclairé, Code de la santé publique, conventions internationales).
Cinq ans plus tard, la publication des messages de Fauci redonne une actualité à ces questions. Elle illustre la difficulté structurelle de la gestion de crise : comment communiquer sur des incertitudes sans alimenter la peur, sans non plus les dissimuler ? Comment garantir un consentement éclairé lorsque les produits sont encore en phase expérimentale, que les données évoluent rapidement, et que des mesures coercitives sont mises en place ?
Les parlementaires français de l’été 2021 ont voté dans un climat d’urgence. Les documents de BonSens, de Lesgards et l’analyse de McCullough montraient qu’une autre lecture des données était possible. Les SMS de Fauci montrent qu’aux États-Unis aussi, des réserves existaient en privé.
L’enquête américaine ne fait que commencer. Les 34 000 messages restants, les messageries vocales, et d’éventuelles suppressions de données feront l’objet d’un examen approfondi. En France, les archives de 2021 constituent déjà un matériau précieux pour une évaluation rétrospective. Elles rappellent que des scientifiques et des associations avaient, en temps réel, signalé les limites des connaissances, les contradictions entre discours publics et positions écrites, et les risques pour le consentement.
La question n’est plus seulement de savoir qui avait raison sur tel ou tel chiffre. Elle est de savoir si, face à une situation inédite, les institutions ont su préserver les conditions d’un débat loyal et d’une décision éclairée. Les SMS de janvier 2021 et les lettres de juillet 2021, lus ensemble, invitent à y répondre avec rigueur, sans anachronisme, et sans éluder ce qui était déjà visible à l’époque.
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