Pendant l’abandon, l’immoralité monte les marches – Jules Seyes

Le film « l’Abandon » revient une fois de plus sur le meurtre de Samuel Paty. L’occasion pour la république de nous resservir le mythe de la vertu laïque républicaine en lutte contre la barbarie. Ainsi, Aurore Bergé, ministre macroniste qui monte les marches du Festival de Cannes pour assister au film.

Inutile de perdre du temps avec cette dame, ou de rappeler que la rectrice de Samuel Paty a continué à naviguer entre les gouttes. Nous nous contenterons du minimum, tant le scandale, les négligences coupables de la république ne sont rien. Ce texte doit être, au contraire, l’occasion de renvoyer le corps enseignant à ses responsabilités morales.

Commençons par les faits :

Le 16 octobre 2020, Samuel Paty est

 décapité par un islamiste, Abdoullakh Anzorov, à la sortie de son collège à Conflans-Sainte-Honorine.

Le film revient sur les onze derniers jours de l’existence de ce professeur qui a décidé de vivre sa vocation d’enseignement et succombe dans une lutte où il n’est rien face à un déséquilibré qui tue pour sa conception de dieu.

Que nous dit le réalisateur ? « J’en ai fait une espèce de bête qui arrive avec sa barbarie, on sent un peu ce qu’il pense à travers deux ou trois tweets postés. C’est le genre d’individu qui publie des vidéos de décapitation, voilà le personnage », estime le réalisateur. « En fait, il n’y a rien à raconter sur un personnage comme lui. Le spectateur n’a pas envie de voir ça.

C’est dommage, car il y a pourtant des choses à dire. Selon Wikipédia : Abdoullakh Anzorov est un réfugié russe d’origine tchétchène. On aurait pu en dire des choses. Par exemple que les Russes nous avaient prévenus sur la dangerosité du profil, mais la république, toujours prompte à participer aux guerres des néoconservateurs, l’a fort généreusement laissé sa famille venir reprendre des forces dans notre beau pays. Pourquoi ? Personne n’a posé cette question. On peut douter au vu du parcours que ce monsieur ait voulu s’intégrer et mener une bonne vie en France.

Ne serait-ce pas plutôt qu’il fallait regrouper les restes pour la prochaine guerre où les islamistes serviraient de troupes de choc pour les « causes » du néoconservatisme et de nos « alliés » du Golfe ? Oui, ceux qui financent les frères musulmans. Personne ne l’écrira, mais les conséquences sont là : islamistes politiques dans nos rues, djihadistes français en Syrie (mille hommes, dont le gouvernement semblait avoir pour priorité de récupérer les femmes et les enfants lorsque la fortune des armes a mal tourné.). La population réprouve et, placés en première ligne de ce choc culturel et sécuritaire, les enseignants subissent les conséquences de cette macro-politique.

La famille de monsieur Anzorov avait certes pour lui d’avoir lutté contre les Russes, mais qui s’est demandé si elle aiderait la France ? S’il ne s’était pas égaré auprès de monsieur Paty, leur fils aurait pu aller aider monsieur Al Jolani. Il avait d’ailleurs des contacts à Idleb, le fief de Hayat Tahrir al-Cham, l’organisation de monsieur Al Jolani, qui voulait établir le pouvoir d’Allah en Syrie. (L’allah qui apporte gazoduc, oléoduc et indemnités de transit, pas celui des soixante-douze vierges.). L’allah qui fait du bon travail et a fini par prendre le pouvoir dans une offensive curieusement efficace (Mais qui a fourni les armes et les moyens de communication ? Je m’autorise à exclure l’intervention divine). Curieusement, la presse française parlait de radicalisation récente. Il a fallu chercher sur le « Times of Israel » pour trouver :

Mais l’éducation « très stricte » prodiguée aux enfants ne permet « aucune conciliation » avec « les valeurs républicaines », selon le policier, qui évoque ainsi le « refus systématique » des parents « de serrer la main des professeurs du sexe opposé ».

Qui dit vrai ? Des médias français dépendants des subventions gouvernementales ou un journal étranger, indépendant de nos querelles ? Personne ne doutera de la réalité de la version publiée en France. Et si le film ignore cet aspect, n’aurait-il pas de bonne raison de le faire ? (Boucler le budget ?) Après tout, si l’on admettait cette hypothèse, l’assassinat de Samuel Paty poserait une vaste question politique : comment avons-nous pu laisser entrer cette famille en France ? Là se trouve la première question clé et elle interroge sur les mobiles de l’administration. Peut-être certains ont-ils pensé : L’ennemi de mon ennemi est mon ami. Les islamistes tchétchènes étant les ennemis d’un certain pays (La Russie désignée par les néo-conservateurs depuis que le président Poutine a mis des barrières au pillage des années 90), ceux-ci sont nos amis. En tout cas, nous avons constitué un vivier d’islamiste qui a fourni une partie des troupes de choc d’Al Nostra contre le gouvernement syrien au début de la guerre civile (Enfin, civile, lorsqu’une partie des troupes et des armes viennent de l’étranger…) .

Eh bien, cet ami a tué Samuel Paty. Un hasard sans doute. Un cas ne saurait être pertinent, mais il y eut un second exemple avec Dominique Bernard. Cette fois-ci, un islamiste Ingouche, là encore, qui l’a laissé entrer ?

Cette question malaisante ne sera bien évidemment pas posée sérieusement par le corps enseignant. Pourtant, l’un des mieux structurés en termes de culture et de capacité d’organisation pour peser sur la décision publique. Par veulerie, par soumission aux syndicats relais du ministère, refus de critiquer l’administration qui signe leur chèque de fin de mois, le corps enseignant absorbera ces deux meurtres au lieu d’exiger une véritable correction politique. Par exemple, une commission d’enquête sur les agissements du quai d’Orsay et ses alignements idéologiques ? Glissons, ne soyons pas cruels.

Ou plutôt si, portons le fer dans la plaie : le corps enseignant qui se rêve guide moral de la nation a failli et échoué à demander des comptes. Même touché dans sa chair, Il a laissé notre pays exposé aux engagements délétères de la macronie (À prendre depuis le moment où ce monsieur devient secrétaire général de l’Élysée).

Celle-ci ne s’y est d’ailleurs pas trompée. La mort de Paty (pourquoi respecter un homme que ses collègues ne défendent pas ?) fut donc l’occasion d’une de ces jolies opérations de communication dont la macronie est friande : Le Fonds Marianne. Une somme certes mineure, à peine deux millions et demi d’Euros, mais destinée à lutter contre la radicalisation islamiste devenue la cause de l’assassinat de Paty (la com évacue l’allégeance au néo-conservatisme et l’instrumentalisation espérée des islamistes).

Passons, la macronie devait évacuer sa responsabilité, puisque l’administration dont elle a la charge a failli à prendre en compte les alertes croissantes sur la sécurité du professeur victime d’une cabale locale. Reconnaissons que la rectrice de l’Académie de Versailles pouvait avoir d’autres priorités. Nommée par E. Macron sans avoir les titres nécessaires pour le poste, mais une familiarité avec le président, puisqu’elle a appartenu à sa promotion de l’ENA (celle dont le refus du classement permit à E. Macron d’intégrer l’inspection des finances) elle pouvait avoir besoin de se familiariser avec le poste. Reconnaissons qu’elle a traité les signalements et les menaces pesant sur Samuel Paty et la pression des islamistes sur l’établissement avec la même « diligence » qu’elle accordera aux plaintes de la famille d’un élève harcelé à Poissy (ah -non, je suis imprécis, dans ce cas, la famille aura droit à un courrier de menaces de l’administration de madame Avenel que Gabriel Attal lui-même jugera scandaleux). En tout cas, madame Avenel semble manquer du temps nécessaire pour mobiliser son administration pour défendre les victimes dans les établissements dont elle a la charge.

Là encore, ce népotisme (osons le mot) restera sans conséquences, puisque le corps professoral n’exigera pas l’éviction de cette dame de son poste. Avec l’émotion causée par la mort de leur collègue, les enseignants avaient une occasion en or de réduire les facteurs de risques qui ont conduit à la mort de leur collègue. Gageons que trois samedis de marche consécutifs avec la photo de Samuel Paty en tête de cortège aurait eu une force de frappe politique suffisante pour faire plier une administration indéfendable. Ils l’ont manquée. Ils ont préféré les minutes de silence de l’administration et de leurs syndicats1 ! Bravo, l’inconséquence des profs laissera le lycéen de Poissy seul face à celle qui a abandonné Paty. Le corps professoral peut-être fier de lui !

Le Fonds Marianne devait ripoliner ce ratage. Le faire oublier sous une initiative qui sonne bien. Pourtant, pourquoi se priver ? Les enseignants avaient tout accepté, ignoré l’ampleur des scandales, même pas obtenu une démission pour le sang de leur collègue, la macronie n’allait pas se priver. Si les soumis aiment les crachats, il fallait continuer ! On découvrira que le fonds Marianne finançait des associations amies du pouvoir qui faisaient de l’action politique pour des idées proches de la macronie. Ce que l’on nomme l’écosystème.

Doit.on rappeller les faits ? Contentons-nous de copier Wikipédia, le mépris interdit de gâcher son temps :

Elle se penche notamment sur le programme iLaïc de l’USEPPM, qui a obtenu la subvention la plus élevée à 355 000 euros. La subvention a essentiellement servi à financer la location d’un bureau avenue Montaigne et une rémunération de 120 000 euros pour les deux dirigeants de l’association, Mohamed Sifaoui et Cyril Karunagaran,[ ; la production finale est de treize vidéos Youtube ne dépassant pas les 200 vues, un compte Instagram suivi par 155 personnes et un compte Facebook suivi par 5 personnes. Les statuts de l’association, qui n’est pas spécialisée en laïcité, interdisent le paiement de salaires. L’enquête montre enfin que l’association est proche du gestionnaire du budget, Christian Gravel.

En parallèle, Mediapart enquête sur la deuxième structure la plus financée, Reconstruire le commun, qui a reçu 300 000 euros. L’association créée en 2020 semble avoir utilisé les fonds pour produire des contenus politiques critiquant les opposants à Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle française de 2022.

Inutile d’insister, non ? La mort de Paty devint le prétexte d’un financement politique au profit d’une mouvance dont l’inaction a laissé le drame se produire. Il y aura quelques vaguelettes, mais rien au-delà.

En 2025, la France compte 851 000 personnels enseignants, un chiffre fondamentalement stable. Ces gens descendent-ils dans la rue ? Non, le gouvernement continue à jouer un jeu trouble avec les islamistes, ce qui met chaque défenseur de la laïcité en danger (donc les professeurs), refuse d’apporter son aide et les méprise.

Eh bien, il a raison, puisque ces plus de 800 K personnels resteront bien sages dans leurs établissements à organiser les minutes de silence entre deux cours sur la tolérance.

Ils sortent parfois du bois individuellement pour se plaindre : de leurs conditions de travail, de la baisse de niveau. Le classement PISA confirme leur diagnostic. Seulement, ces actions individuelles ne servent à rien. Pour être respectés par leurs élèves, les professeurs devraient avoir le respect d’eux même.

En réalité, Aurore Bergé , représentante du pouvoir, monte les marches du Festival de Cannes pour assister au film sur la mort de Samuel Paty sans qu’aucune manifestation n’accueille ce nouveau signe de mépris.

Elle a raison et elle avait une jolie robe !

  1. Qui vivent des subventions, des décharges horaires et de leur rôle d’intermédiaires avec les rectorats. ↩︎

Jules Seyes

Jules Seyes (nom de plume), publie des livres et des articles dans plusieurs médias (Média 4-4-2, Donbass Insider, Observatoire de la Propagande). Contrôleur de gestion essentiellement dans les usines automobiles, cette expérience imprègne son analyse des questions productives et économiques, avec un soin particulier apporté à la technique et la rigueur des chiffres. Sa biographie

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